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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/74

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chose… et j’ose à peine vous le dire, Nikhine, tellement cela m’angoisse… Autre chose que je viens de comprendre, là, entre deux phrases entrecoupées…

(Il s’arrête.)

NIKHINE.

Quoi ?


NEKLUDOFF, baissant la voix.

Il y a eu un enfant… Il y a eu un enfant !… Comprenez-vous maintenant !… comprenez-vous toute l’horreur ?… Un enfant !… je n’ai plus entendu que ce mot… j’ai compris tout : la lettre ambiguë de mes tantes… « Se séparer d’elle », cela voulait dire qu’ensuite on l’avait chassée, jetée dehors ! C’est donc moi, moi seul qui ai fait cela… Et à travers les sanglots, les phrases entrecoupées, j’ai entrevu toute une vie affreuse, la chute d’année en année, la chute triste, triste… Et je ne sais quoi montait en moi… Je me disais : ce n’est rien, ce n’est rien… et pourtant j’avais l’impression qu’une main puissante me ramenait de force en présence de ma faute, et que cette main exigeait quelque chose de moi… Je me refusais à croire que je fusse pour quelque chose là-dedans, mais voyez-vous, c’est là, à la nuque, comme une main qui tient, qui serre et qui ne lâchera plus. Et je n’avais qu’une seule idée… tuer cette image, mais que cela finisse, ah ! que cela se hâte de finir !…


NIKHINE.

Il vaut mieux que vous n’attendiez pas l’arrêt, en effet, qui vous émotionnera inutilement… Venez,