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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/65

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UN JURÉ.

Quatre heures ? Sapristi ! moi qui ai rendez-vous à quatre heures et demie !


DEUXIÈME JURÉ.

Personnellement, mon opinion est faite depuis deux heures. Je n’en changerai pas… et j’ai un mal de tête fou !


NEKLUDOFF.

Il s’agit cependant d’une vie humaine !… Ayons un peu de courage !… La présomption ne tient pas debout. Il n’y a pas de preuves et l’on ne peut pas condamner sans preuves. Songez que cette fille n’est pas une simple brute d’instinct. Elle vous l'a dit tout à l’heure… elle a reçu de l’éducation. Elle a descendu les échelons de la misère irresponsable.


LE CAPITAINE.

Raison de plus, elle est d’autant plus coupable. Elle a goûté les bienfaits d’une vie paisible, honnête… Elle nous a dit qu’elle avait été élevée dans un château, par de vieilles dames de la plus haute aristocratie. Ses mauvais instincts seuls en ont donc fait une prostituée. Elle est un élément actif de corruption sociale.


NEKLUDOFF, s’animant.

Qu’en savez-vous ? Cette déchéance n’est-elle pas peut-être la faute des autres ? Vous ne connaissez pas la source, oui peut-être pure de cette