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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/40

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heureux avec toi… pour te revoir seulement… En entrant dans la cour, au roulement de la voiture, ce soir, ma première pensée a été : « Pourvu qu’elle y soit encore ! » Si je pouvais la voir apparaître sur le seuil pour me recevoir !… Et je ne t’ai pas vue !… Je n’osais demander à personne si tu étais là… Et tout d’un coup j’ai entendu ta voix dans l’escalier… alors mon cœur s’est mis à battre, la maison s’est tout à coup ensoleillée… tu étais là… et je t’ai entendu marcher en bas, sur les carreaux… floc ! floc ! je reconnaissais ton petit pas… Quand tu es entrée ensuite, Katucha, c’était toi, comme autrefois, toi, plus jolie, plus charmante, avec tes grands yeux noirs… Et toi, tu ne pensais plus à moi ?


KATUCHA.

Si, Dimitri. Moi aussi, quand j’ai senti que vous étiez là, mon cœur s’est mis à battre très fort… mais je n’osais pas monter parce que j’avais peur de rougir devant vos tantes, en vous revoyant…

(Elle baisse la tête.)

NEKLUDOFF.

Tu vois bien !… Nos deux cœurs battaient ensemble dans la maison !… Pendant ces trois ans, j’ai vécu, je suis devenu un homme, mais je ne t’ai jamais tout à fait oubliée, tu sais ?… Quand j’étais triste, quand le travail ne marchait pas bien, je songeais à Katucha et à son petit tablier blanc, et toute ma peine aussitôt s’enfuyait.