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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/394

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de date, de tour, comme il est arrivé à ta mère, dont le cœur ne s’est éveillé qu’à l’été de sa vie, patatras, l’édifice de paix s’écroule ! Et alors, c’est l’amas des drames, les instincts lâchés, les deuils, les irréparables vérités. Alors, petit, il arrive ce qui nous est arrivé. Les volières heureuses où l’on vivait ensemble se brisent, et les dissentiments effrayants ne se taisent et ne se rejoignent une seconde qu’autour du premier vagissement de l’enfant qui vient de pousser le cri de la vie, et du renouveau éternel.

(Il y a, dans son ton, la grande émotion contenue d’un père qui éduque encore son enfant.)

RICHARD.

Père, que ta sagesse est devenue amère !


RYSBERGUE, (le regardant avec une infinie tendresse.)

J’ai vieilli. Ça t’arrivera bientôt. Déjà tu t’es bien modifié… Maintenant, si tu me demandes pourquoi, possédant cette sagesse, comment, étant capable d’admettre et de pardonner, je n’ai pas assez de supériorité ou trop d’égoïsme, comme tu voudras, pour me résoudre à l’approcher, la revoir sans rien lui demander d’elle-même, je te répondrai que je manque de courage… Peut-être un jour, des hommes viendront, assez forts, assez libres, pour assister au phénomène de la femme avec une simple indulgence et une plus calme équité. Pour nous, notre passé religieux, des préjugés, de vieilles et adorables coutumes ne peuvent chasser de notre mémoire cette conception