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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/346

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même… entretenir vos charmes… Moi j’ai bien mis quinze ans à crouler… Puis il y a les trucs !… Tenez si vous êtes sage, j’ai une recette pour la peau…


IRÈNE.

Ah ! Dieu !… lutter ? lui apporter, à côté du jeune visage, contre lequel il faudrait combattre, mon visage à moi d’année en année flétri, contracté… lui exhiber chaque matin ma consomption, être la vieille maîtresse qui s’accroche et qui dispute âprement ses rognures de bonheur… jamais… jamais !… Il a vingt-deux ans, j’en ai quarante. Que voulez-vous faire à cela ? C’est une ruine mathématique, une lutte sans merci !… À quoi bon la prolonger jusqu’à l’horreur ?… Quoi, ma belle image remplacée dans ses yeux par une caricature ?… Oh ! la rancune sourde… la porte de la maison qu’on ouvre avec humeur… le regard mauvais qui guette la grimace de vos chairs… Dieu ! mon pauvre amour, mon grand amour devenu… ça ? Jamais, vous dis-je, jamais ! Non, non, partir à temps, s’enfuir… Je saurai lui laisser le souvenir d’une aventure exquise, d’une image adorable à laquelle il pourra toujours penser d’une façon reposante, sur laquelle ne planera pas le souvenir même d’une scène, d’une rancœur… Que le cadavre de cet amour-là me survive !… alors, voyez-vous, de loin, je m’imaginerai que je ne suis ni vieille, ni morte pour lui… et je serai consolée.


MADAME LEDOUX.

Ce qui veut dire ?