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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/345

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MADAME LEDOUX.

Que ne vous êtes-vous dit cela un peu plus tôt !… Vous vous seriez peut-être évité bien des tracas.


IRÈNE.

Madame Ledoux, écoutez bien ceci : ma famille, mes enfants, mon mari, une situation mondaine unique… j’ai tout brisé, sans une hésitation, parce qu’il était en danger, lui, le gosse… J’ai bondi vers lui… Eh bien, c’est à peine croyable, cette chose énorme qui a broyé à jamais, d’un coup, plus de vingt ans de ma vie, et toute l’économie de mon bonheur à venir, je l’ai accomplie — écoutez bien cela — sans une lueur d’espoir, avec la certitude absolue de sombrer tout de suite. Je me suis dit clairement, nettement, comme on se suicide : cela va être une seconde, une heure, je vais attacher ma vie à la course de ce jeune fou léger, qui me brisera de suite… Une seconde, mon Dieu, une seconde !… Et d’avoir vécu cette seconde-là, voyez-vous, je renoncerais facilement au paradis, tant elle a été divine !… Il peut me martyriser, le cher ange, que je devrais lui dire encore : merci pour ta grâce et ta beauté… merci d’avoir fait sortir de moi ce dernier parfum dont je t’ai marqué pour la vie, merci, merci !…


MADAME LEDOUX.

Vous n’en êtes pas là, je vous répète, que diantre !… Votre liaison a déjà pas loin de deux ans d’existence… deux ans, ça compte… Des habitudes prises… Si vous savez être habile, roublarde