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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/343

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IRÈNE.

Au destin, madame Ledoux, au destin… elle demande sa pauvre aumône (Elle soupire : un temps.) Dites ? dites ?… Est-ce dur, la vieillesse ?…


MADAME LEDOUX, (éclatant de rire.)

Mais c’est très impoli ce que vous me demandez là !


IRÈNE.

Vous ne m’avez pas comprise.


MADAME LEDOUX.

Si, si, allez… je ne m’illusionne même point. Vous avez été attirée par moi, moins à cause de votre voisinage, qu’à cause de ma « légende »… Ah ! la mère Ledoux ! Ce qu’elle représente pour vous !… Vous interrogez ce vieux visage, autrefois caressé… C’est le pressentiment de vous-même qui vous attire… Eh bien, ma petite, on ne vous a pas trompée. J’ai aimé… j’ai étreint… j’ai désiré… un peu de tout… pêle-mêle… Ça été exquis et féroce… Et il y a encore des jours où ce tas de souvenirs, ça plaque, là… comme une brûlure… Oui, c’est très dur, la vieillesse. Rien ne guérit et tout y sèche.


IRÈNE.

Oublie-t-on ?


MADAME LEDOUX.

Bien peu… bien peu !…


IRÈNE.

Est-on hanté ?