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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/332

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Voilà notre soir, notre beau soir qui monte, qui entre par les fenêtres… Le coucher du soleil arrive en même temps que toi, tous les jours ; c’est un phénomène naturel dont il me semble que je ne pourrai plus jamais me passer, quand tu auras fini ton service et qu’il nous faudra quitter mon paradis potager et ma colline et tout ce que je lui laisserai !…


GEORGET.

Rien ne nous obligera à nous en aller, d’ailleurs…


IRÈNE.

Si. Vois-tu, il y a des forces supérieures à nous-mêmes qui nous chassent toujours en avant… En avant ! Il faudrait pouvoir arrêter les minutes ineffables ! On les prolonge, mais ce n’est plus la même chose ! Jamais plus je ne retrouverai ce moment unique, bête et charmant de ton existence, qui est un signet si étonnamment précis parmi les feuilles éparses des années… Arrête-toi donc, soleil !


GEORGET.

Si tu y tiens absolument, après je pourrai m’engager, tu sais ?… Ma galanterie ne connaît pas de bornes.


IRÈNE.

Bah ! après cela, ce sera autre chose… d’autres formes de nous-mêmes… Mange, va, mon petit ! mange, ne m’écoute pas radoter. J’aime te voir avoir faim, avoir bien faim… Tiens, encore un fruit, tu veux ?