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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/304

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qui ne ressort que de moi ! Cela ne s’appelle pas une réparation, mais de la vengeance !


IRÈNE, (poussant un cri.)

Ah !…


RICHARD.

Quoi ?

(Elle est droite, le doigt fixé vers le front de son fils.)

IRÈNE.

L’ennemi !… je l’ai vu, là, dans les yeux de mon propre enfant !… l’ennemi !


RICHARD, (se redressant.)

Le justicier, tu veux dire.


IRÈNE.

Le justicier ! Ah ! le grand mot !… La jeunesse s’en enivre, de ces mots-là ! Tu en pèseras plus tard la vanité. Écoute, Richard… la situation est assez pénible, ne nous payons pas de phrases creuses, d’attitudes. Appelons du fond de nous, au contraire, tout ce que nous pouvons de sagesse, sans excès, mais sans faiblesse. Tâche de bien comprendre ceci, posément et sagement : je t’ai élevé, je t’ai consacré mes années, avec un amour et un dévouement de tous les instants ; te voici grand ; maintenant tu vas bientôt voler de tes propres ailes, partir… au mois d’octobre tu seras marié : tu vas aimer à ton tour, fonder une famille nouvelle : j’ai accompli mon devoir vis-àvis de toi, ma fonction de mère est terminée. Va vers ta vie. Ne retourne pas la tête. Ce que tu