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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/169

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MARIA, prenant la Maslowa à part dans un coin.

Bien, toi… Écoute, j’ai des excuses à te faire. Pas tout haut… Ta main… (Elle lui serre la main.) À la vérité, j’éprouvais un peu de dégoût pour toi au commencement… Et puis, nous autres nihilistes, ça nous est égal d’aller à la mort ensemble, mais je n’aimais pas qu’on t’ait placée, même malgré toi, dans notre section de condamnés… je suis franche ; j’aime les pauvres ; mon père était général, j’ai distribué tout son argent, mais j’ai toujours eu une répugnance invincible pour les femmes qui vendent leur corps. N’importe ! Tu es une brave fille. Embrasse-moi.


LA MASLOWA, l’embrassant.

Vous êtes si bonne, Maria… Je voudrais être comme vous… Vous êtes des gens si excellents…


KRILITZOF, qui a entendu les derniers mots., se soulevant péniblement sur les coudes.

Détrompez-vous, Maslowa ; je ne suis pas excellent… Savez-vous ce que je voudrais faire, moi, chétif, moi mourant ?… Monter dans un ballon et saupoudrer de mes bombes toutes les villes, comme des punaises, comme de petites punaises…

(Il dit cela fiévreusement, les yeux brûlants.)

MARIA.

Ne vous fatiguez pas.