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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/139

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s’installe près d'elle et se met à tricoter.) Et tu ne l’avais revu depuis, Catherine ?…


LA MASLOWA, les yeux fixes, au loin, comme hagarde.

Non… si… une fois… si… je me rappelle… Je vois ça là-bas… oui… il pleut… c’est la nuit… un train passe… J’ai couru à travers les champs pour voir… Le train est arrêté, là, dans la gare… Il y a une portière ouverte… Il est là, éclairé… sur la banquette, dans un coin… Il lit un journal… Je veux monter, crier… le train part… je cours, je cours, il s’en va, il s’en va… la lanterne, là-bas… la fumée… la pluie… le vent… voilà, c’est tout.

(Comme épuisée ou effrayée de cet effort de pensée, elle laisse retomber sa tête lourde sur l'épaule de Fédosia.)

FÉDOSIA.

Pauvre petite ! Tu vois bien que tu te rappelles !… Tu n’as pas trop froid ?… Mets-toi là, contre moi… Tu permets, je vais continuer à tricoter mon bas pendant que tu te reposeras un peu sous mon châle, comme une petite enfant… là… tu es bien ?


LA MASLOWA, roulant sa tête sur le châle de Fédosia.

Oui, très bien… Il fait bon, là…

(Elles sont assises toutes les deux, sous la lampe. Maslowa, comme une enfant, se laisse faire.)