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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/123

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LA MASLOWA.

Non… du tout. Comment aurais-je pu penser que vous étiez là ? D’ailleurs, je n’ai regardé personne. Si, j’ai bien regardé un moment là-haut, mais… rien du tout… D’abord c’était trop loin.


NEKLUDOFF, gêné.

Oui, c’est vrai, c’était un peu loin. (Un pénible silence, puis à voix basse.) Alors il y a eu un enfant ?


LA MASLOWA, la voix encore changée, farouche.

Il est mort tout de suite, Dieu merci !… Et puis ne parlez pas de ça, d’abord… pourquoi parler ? (Aimable.) Qui est-ce qui vous a fait entrer ici, dites ?


NEKLUDOFF, poursuivant.

Et de quoi est-il mort l’enfant ?


LA MASLOWA, tordant son fichu dans ses mains, et parlant dans les dents.

J’étais malade moi-même. J’ai failli mourir.


NEKLUDOFF.

Et mes tantes, elles vous ont renvoyée ?


LA MASLOWA, avec une colère de fille.

Naturellement !… dès qu’elles se sont aperçues que j’étais enceinte, elles m’ont congédiée !… (Changeant de ton, les sourcils froncés.) Mais je vous dis, pourquoi parler de tout ça ?… Je ne me souviens plus de rien, je n’y pense jamais… je n’aime pas… j’ai oublié… Tout ça, c’est fini… fini… (Geste.) et puis voilà !