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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 3, 1922.djvu/115

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me suis réconciliée avec mon mari, mais je suis devenue tellement amoureuse de mon Tarass que je me crois atteinte d’une autre folie !… Il est si bon. si gentil et si beau, si tu savais ! Et lui aussi, il m’aime bien, maintenant… Ah ! bien oui, on m’a condamnée tout de même, malgré lui qui pleurait, et ses parents… Et maintenant, comment allons-nous faire pour vivre cinq ans séparés l’un de l’autre ? J’en mourrai, bien sûr ! Mon pauvre Tarass !… Ne bois pas comme ça, Maslowa, tu vas te faire du mal… Et toi, tu n’as pas aimé quelqu’un, jamais ?


LA MASLOWA, lentement, l'œil au loin, cherchant dans sa mémoire.

Non… Il y a bien un garde forestier qui était gentil pour moi, du temps que j’étais servante… un commis de boutique aussi… un petit brun qui habitait la même cour que moi…


FÉDOSIA.

Alors, jamais, jamais ?… Je croyais que tu m’avais dit qu’autrefois, quand tu étais petite…


LA MASLOWA, avec une voix rauque, subitement.

Ne parle pas de ça. Ne parle jamais de ça, tu entends ? Il ne faut pas, il ne faut pas… ou bien je me fâcherai avec toi. Je ne sais pas de quoi tu veux parler, d’ailleurs ! Il n’y a jamais rien eu… je n’ai jamais été petite… ce qui est mort est mort. (Un temps.) Oui, il y a bien eu autrefois un type qui m’aimait… mais il ne faut pas penser à ça !… ça ferait trop de mal. Je n’y pense jamais, jamais…