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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/64

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toute l’amitié, avec ses petites attentions, ses susceptibilités aussi… ses bouderies quand…


PAULETTE, sur sa chaise, se retournant.

Chut ! un peu de silence, Emma, s’il vous plaît, l’auteur !… on ne s’entend pas ici… C’est pas des répétitions ! Ah !


GILLET, au fond avec Bouyou.

Qu’est-ce qu’elle a à pousser ses soupirs de panthère ?


ANDRÉ, à Paulette.

Alors, mademoiselle, souvenez-vous que, dans la pièce, le plus exquis de vos charmes, c’est votre bêtise… dans la pièce seulement. Tâchez d’être bien bête. Vous représentez la Viennoise sentimentale.

(Paulette est face au public. André à gauche. Les autres disséminés.)

PAULETTE, commençant.

« Et que m’importe, après tout !… Vicomte, oui, certes, mais un titre suffit-il à combler le vide d’un tel cœur… Ah ! vous croyez que vos instances, vos objurgations… Que non pas !… Charles est toujours présent à ma mémoire, et le souvenir n’est pas loin, d’un soir, où, au clair de… » (Elle s’arrête, regardant le trou du souffleur.) Merci !… Je te dis : merci !… Faut-il être bête pour souffler : lune !… Quoi… Ça m’est égal ! Je te prie de ne rien m’envoyer ! (Elle reprend.) « Charles est toujours présent à ma mémoire et le souvenir n’est pas loin d’un soir, où, au clair de lune, nous échangeâmes ce que vous appelleriez avec ironie les premiers serments de la grisette, vous dont le cœur, sans faiblesse, alors que… alors que… » Allons ! allons ! Ah ! zut ! quand je sais, il souffle, et quand je ne sais plus, il ne souffle pas !…


LA VOIX DU SOUFFLEUR.

Mais c’est vous qui m’avez dit…


PAULETTE.

Parbleu ! Tu me fais perdre la mémoire… Tu me troubles… Maintenant, ça y est… je suis troublée.