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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 2, 1922.djvu/107

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sible que je sois une force brutale, mais point répugnante… Le désir n’est pas en soi une chose laide… c’est la source du monde tout de même ! Et tu sais bien que si tu redevenais jeune fille, tu m’aimerais d’être cette force, et que c’est pour elle que tu m’as aimé, que tu m’as donné le premier baiser de ta bouche… Prends-moi donc comme je suis, va… je reconnais que ce ne doit pas être tous les jours facile, mais il y a des appartements et des amours incommodes… on peut y vivre tout de même… Douleur ou joie, ne fais pas le tri, — et cueille toute la gerbe, va, puisque c’est l’amour.


GENEVIÈVE.

Si tu savais, à la longue, comme c’est fatigant !


ANDRÉ, arpentant l’atelier avec des gestes.

Que veux-tu ?… Jamais tu n’obtiendras ce changement, jamais, que je puisse n’être plus sensible à la volupté des choses et à la beauté qui passe, à un frémissement féminin autant qu’à un frémissement de feuille… Il faudrait me crever les yeux, pour que ces yeux-là n'aiment plus… Je ne sais pas comment font les autres… ils sont bien heureux s'ils sont fichus autrement !… Seulement, ce qui me différencie et constitue ma probité à moi, c’est que j’aurais horreur justement de la trahison. J’aurais horreur de mentir. Ça éclate… Et ça vaut encore mieux, avoue, que si je mentais.


GENEVIÈVE.

Ah ! qui te demande d’être sincère ?… Mens !… C’est la politesse de l’amour !


ANDRÉ.

Et moi, je ne veux pas être poli. Je ne veux pas du mensonge.


GENEVIÈVE.

Sans lui, deux êtres au monde pourraient-ils vivre ensemble ?


ANDRÉ.

Mensonge tout de même !