Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/84

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



LA RELIGIEUSE, (dans un cri d’horreur sacrée.)

Seigneur… protégez-moi, Seigneur !…

(Titubant, hagarde, elle cherche du regard et de la main un endroit où se terrer, pour échapper à l’hallucination. Elle aperçoit le confessionnal et vient s’y écrouler.)

DON JUAN.

Comme la colombe cherche l’ombre du colombier, elle s’est réfugiée dans la niche du confessionnal !… Peine perdue !… Fût-ce une minute Don Juan te parlera bouche à bouche !


ALONSO, (souriant.)

Sacrilège !… Hérétique, oseras-tu ce sacrilège !


DON JUAN.

Pauvre colombe assoiffée, qu’elle aspire au moins la perle d’eau d’un baiser… pour qu’elle puisse reprendre, après, son vol vers le cloître !… Et toi, pendant ce temps bon veilleur, chantonne-nous l’air de ma sérénade favorite… Qu’elle l’entende encore une fois vibrer à ses oreilles. Elle l’aimait tant !

(Il entre dans le confessionnal, en tirant le voile noir. Et Alonso racle l’air fondamental sur son épée, comme sur une guitare, — mi-badin et mi-railleur. Quelques secondes. La religieuse, chancelante, sort à reculons du confessionnal.)

LA RELIGIEUSE, (plus pâle que les murs.)

Là !… Là !…

(Elle désigne le confessionnal d’un doigt tremblant et les prunelles dilatées par l’épouvante.)

ALONSO.

Qu’avez-vous, ma sœur ?…