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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/83

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LA RELIGIEUSE.

Madone… laisse-moi passer !… Je veux voir de loin la bière où sa forme adorée repose… Laisse-moi lui dire adieu… Après, je retournerai au cloître et n’en sortirai plus qu’à la fin de mes jours… Madone, aie pitié de la pécheresse !…

(Elle met un genou en terre.)

DON JUAN, (derrière elle, le manteau levé devant le visage.)

Souviens-toi de tes amours au fond de la barque, près du jardin des Carmines… Souviens-toi de la rue Yménez.


LA RELIGIEUSE.

Ah ! cette voix impitoyable !… La voix que j’entends depuis des années, toutes les nuits !… Cette voix qui me poursuit, Madone, arrache-la de mes oreilles…

(Elle secoue lourdement la tête et ses voiles blancs frissonnent.)

DON JUAN.

Souviens-toi du lit aux rideaux cramoisis où, toute nue, tu te roulais dans les bras de Don Juan.


LA RELIGIEUSE.

C’est Satan qui siffle sa démence sur ma tête !… Madone, tu m’as rendue folle !… Oh !… pourtant, je voudrais jeter un dernier regard vers là-bas…

(Le torse maigre s’étire vers la nef.)

DON JUAN.

Eh bien, regarde, Béatrix !…

(Il rejette le manteau et se place devant ses yeux.)