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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/79

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Scène VII


Les Mêmes, LA FEMME INCONNUE


DON JUAN.

Je ne la connais pas le moins du monde… Et à moins que je ne l’aie rencontrée, aimée, possédée et quittée dans l’obscurité totale… ce qui n’est d’ailleurs pas impossible…


ALONSO.

En cherchant bien ?


DON JUAN, (tournant autour d’elle.)

En vain interrogerai-je la plus lointaine adolescence…


ALONSO.

Alors ?


DON JUAN.

Je n’ai jamais rencontré cette femme sur la terre !…


ALONSO.

Elle est tellement plongée dans sa douleur qu’elle ne nous voit même pas tourner autour d’elle… Pour pleurer ainsi, comme elle a dû t’aimer !


DON JUAN.

Ce n’est pas une raison… Ce sont parfois nos plus petites peines qui font couler nos plus grandes larmes ! Oh ! je voudrais entendre les mots que sa bouche ne prononce pas ! Pauvre amour inconnu que j’ai inspiré peut-être… tout seul… dans ce coin d’église, que tu m’émeus !… (Il se penche. — D’une voix mystérieuse.) Vous l’avez bien aimé ?