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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/277

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heure et dont on apaise l’envie… Je t’ai pris comme une chose passive, entends-tu ?


SERGYLL.

Vas-y !… Comme un domestique !… De passive tu as fait passade… La jeunesse ne compte qu’à de certaines heures… je le sais bien… J’ai déjà lu l’axiome, autrefois… (Déclamant.) « Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est gr… »


MARTHE, (hors d’elle, lui coupant la parole.)

Ah !… ne touche pas à celui-là !… Pas un mot sur cet homme… ou, aussi vrai que je suis ici, je ne te revois de ma vie… Ça, c’est la chose sacrée !… Tu peux dire de moi ce que tu voudras, j’accepte, et tu n’en diras pas plus que je n’en pense… mais, sache, si tu ne l’as pas suffisamment compris, que cet amour-là, c’est toute ma fierté, ma vénération profonde, absolue… mon âme… et ma chair aussi…


SERGYLL.

Et tu le trompes… Arrange ça !


MARTHE.

Imbéciles et fats que vous êtes tous, qui croyez quand une femme se donne, quand ses désirs ont parlé plus haut que son cœur, qu’elle efface en même temps des années d’immense affection, d’une affection où les sens trouvent peut-être une place restreinte, mon dieu, c’est certain, mais où la tendresse n’a pas de bornes !… Oui, il est possible que, certains matins, à de certaines heures, on éprouve le besoin de se sentir étreinte par des bras jeunes, touchée par une bouche de vingt