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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 11, 1922.djvu/222

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trop pénible à tracer… Le reste me regardera… Va… va donc…

(Il pousse l’agenda sur la table et met le crayon dans les doigts de Genius. Silence oppressé. Sans même lever la tête, Genius, tout à coup, trace une barre brusque sur le papier.)

BARNAC, (se saisit de la feuille et lit.)

J… (Il se lève et subitement.) Adieu… J’irai voir le ministre demain… puis j’écrirai à Varrabon… Il a beaucoup d’influence à l’Instruction publique en ce moment… Il donnera un coup d’épaule…


GENIUS, (les yeux pétillants.)

Oh ! je ne peux pas te dire combien je suis touché, ému…


BARNAC.

J’ai promis, ce sera fait… Adieu.


GENIUS, (prenant son chapeau, et déjà radieux.)

Au revoir, du moins… À très bientôt… Très… n’est-ce pas ?


BARNAC, (sèchement.)

Non… Adieu…


GENIUS, (interloqué, troublé.)

Comment ?… Que veux-tu dire ?…


BARNAC, (l’appelle de loin et désignant la fenêtre.)

Regarde… Viens ici… regarde… Tu vois ?… Les quais, le Louvre, là-bas… la Seine… C’est là que je me mets tous les jours à cinq heures… au moment où le soir commence à tomber… Je contemple… Tout à coup, j’aperçois au bout du pont… là… en face… parmi les passants… un petit point grand comme ça… que je reconnais tout de suite dans la foule… Oui, elle a l’habitude de venir à pied tous les jours par ce chemin…