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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/92

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ALIETTE.

Comme vous êtes effrayante…


LA VIEILLE.

Venge-nous, venge-nous, de grâce !

Comme tu as trompé ta mère, fillette,

que tu as déçu son espoir !

Je me souviens, quand tu es venue au monde,

avec ta petite chair grasse et tiède comme miche,

je t’ai regardée et je t’ai dit :

Tu n’es pas ma fille, tu es mon mal.

Va dans la vie, va aux chemins,

j’ai mis au monde quelque chose

qui entretiendra ce sang mieux que sang royal,

ma chère fille, mon cher mal !

Dis, Aliette, recommence, continue,

dis que tu le feras, parce qu’il le faut.

Venge-nous parce que je les hais

tous, tous, excepté toi que j’aime, —

jusqu’à cette tête que tu vois là, calme,

les cheveux joyeux dans les coudes,

cette tête…


ALIETTE.
Assez, cette fois, assez.

Brisez toute la terre, eh ! que m’importe !

mais ni vous, ni moi, ne toucherons à celui-ci,

aussi vrai, mère, que vous m’avez enfantée.