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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/88

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Préférer moisir de larmes toute la vie !

Mais lui, malheureuse, s’il apprenait

que vous êtes atteinte d’autre mal que d’amour,

croyez-vous qu’il hésiterait à vous jeter en bas sur la bouche ?

Il vous ferait, Aliette,

oui, Aliette, il te ferait

manger l’acier et le fer

et la chair sur les os.


ALIETTE.

Rien ne détruit le sacrement d’église.


LA VIEILLE.

Folle, folle, à la douceur triste !

Il a été un temps où j’aurais parlé de la sorte…

mais maintenant je sais la vie jusqu’au fond.

J’ai trente ans de plus que vous de souffrance.


ALIETTE.

Mère, ma mère, vous me brisez !


LA VIEILLE.

C’est que vous ne savez pas encore peut-être

ce que vous aurez à souffrir ?

Vous n’êtes qu’au commencement de votre sueur.

Vous ne savez pas ce que ces gens-là,

pour lesquels votre cœur se fend,