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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/288

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troubler ; toute idée dépendante, corollaire, tout l’espace d’un point de vue, l’universalité de la vision, — embrouillement ! — Il faut que cela se déduise très simplement de l’exposition au dénouement pour aboutir, au gré du dramaturge, à une philosophie toute de facile certitude et de candeur. Cela s’appelle théâtre à thèse ou théâtre d’idée, la différence n’est pas grande. Nous ne contestons pas la valeur de ce théâtre. Mais l’auteur, il ne doit pas être le seul, en rêve un autre, et trouve insuffisante, parfois odieuse, une telle interprétation fragmentaire de la vie. Hélas ! il est possible qu’en France et même ailleurs, nous n’en soyons encore qu’aux lois d’unité ! On ne saura que plus tard le mal que le théâtre à thèse a fait au théâtre de vie, et le théâtre d’idée, tant acclamé, au théâtre de pensée. Qui sait ? C’est peut-être à cause de la formule que les poètes se sont généralement abstenus.

Il faut seulement craindre pour nous qu’une conception plus multiple de la vie soit momentanément fort éloignée, non de la foule, mais de ceux qui la régissent ! Qu’importe ! Humble est notre parole ; si humble soit-elle résignons-nous à la cultiver pour soi-même, et cela vraiment n’émeut point ceux qui, dans une époque de formules, de brouhaha, d’enrégimentement et de dogmatisme, se sont prémunis jeunes, par son emploi, contre l’isolement.