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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/245

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MARTHE.

Eh bien, tant mieux s’il n’est pas trop tard.


MAXIME.

Alors, décidé ? tu vas donner ta vie à ce malheureux !… Je te souhaite de la joie !… ce pauvre garçon dégénéré, qui ne peut vivre un instant de la vie de tout le monde… et qui nous a tous lassés à la longue… au reste, à peine vivant… tandis que moi, moi !…


MARTHE.

Pas vivant ! ne dis pas cela !… Seule, je puis savoir tout ce qu’il y a de fureur et de puissance de vivre dans ce corps que vous jugez éteint… Mais tu ne t’es pas donné la peine de le regarder, Maxime ! Une vie terrible en vérité, d’action perpétuelle, et, sans bouger, qui ressemble en effet parfois au grand effort des mourants. Vous pouvez aller, venir… tu peux t’absenter des années, le jour du retour, tu retrouveras ce corps à la même place, sur une chaise où vous l’aurez laissé, et tu penseras qu’il n’a pas bougé ; mais connaîtras-tu, toi, quels auront été ses voyages, les passions qui seront nées et mortes en ton absence, toutes les étapes de l’homme accomplies une à une… si bien que vous ne saurez à quoi attribuer ce visage fané et ces mains de vieux sur les genoux. Je m’y connais mieux que toi, étant un peu, oh ! bien peu, mais un