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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/243

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je ne me suis jamais sentie autre, et Daniel ne m’appelle-t-il pas, pour rire, sa fatalité ?… Cependant, cependant… on a beau vivre, sans savoir… dans l’obscurité, on a beau laisser aller toutes ses actions aussi machinales que si l’on tirait l’aiguille… cela n’empêche pas, certains jours, de se sentir subitement grave, recueillie… et, tu as raison de le dire, supérieure… supérieure, c’est cela, à sa vie, à sa condition… Oh ! j’ai senti cela si souvent… On voudrait faire je ne sais quelle belle chose, et il y a des instants comme celui-ci, tiens, depuis le dîner à peu près, où — quoique aveugle — je subis des exaltations, l’influence du spectacle extérieur que je ne vois pas, l’attirance du beau ciel étoilé que je ne regarderai plus jamais… Je suis calme et forte ce soir.


MAXIME.

Oui, c’est toi qui as l’air de me dominer maintenant.


MARTHE.

Allons, ressaisis-toi… Reprends ta force et ton dédain.


MAXIME.

Mais tu ne m’as donc jamais aimé ?


MARTHE.

Pas aimé, Maxime !… Ah ! mon ami ! si je suis calme ce soir, j’ai bien souffert et pleuré, va ; j’ai