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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/221

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ai le droit, j’en ai le droit tout de même ! C’est tout ce que je comprends là-dedans, moi ! Je ne sais plus où j’en suis, à la fin ! Il y a vingt ans que je trime… et il est là, lui, avec sa petite vie qui coule dans mes doigts, ses petits cris qui retentissent si atrocement dans ma poitrine… Marthe, j’ai voulu le border, entre nos deux tendresses… À nous deux, ce que n’a pu faire la vie, l’amour le fera… Marthe, tends-moi ta tendresse pour l’ajouter à la mienne, je t’en supplie… je ne peux plus rien toute seule !…

(Elle a trépigné sur place, toute pâle, et s’arrête, d’essoufflement. Marthe n’a pas bougé.)

MARTHE, (glacée).

Oui… je comprends mieux que jamais toutes raisons… oui, c’est cela… probablement… c’est juste…


GRAND’MÈRE, (vivement).

Surtout, ne t’offense pas si j’ai prononcé quelques paroles absolument… trop brutales, sans les penser…


MARTHE.

Oh ! ne vous excusez pas… je vous en prie… Vous avez très bien dit… Pourquoi m’offenser ? Vous avez lâché tout ce que vous aviez sur le cœur !… Cela doit tant soulager !… Puis,