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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/201

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MARTHE.

Moi, je l’ai bien senti qui s’en allait vers vous.


DANIEL.

Tu ne peux pas le voir couler dans mes veines… mais c’est si extraordinaire de le contenir en moi… si étrange… si absurde et si doux… Je contemple mes mains comme si je les voyais pour la première fois… et sous le réseau transparent des veines, il me semble que je suis dans sa fuite toute la source lâchée de ton cœur… Reg… oh ! j’allais dire regarde… Marthe, celle-là plus bleue, celle-là plus mince… vrai, il y a une douceur nouvelle, qui court en moi comme un printemps… Je t’assure, pose ta main sur la mienne… elle t’appartient… je suis un peu toi maintenant… Je veux que tu sentes se faire la confusion, je veux que tu reconnaisses en moi le battement de ta vie… Ah ! que ma joie ne te paraisse pas puérile !… je t’en supplie… Ta vie ! pense à cela… la vie de ta chair, à défaut de ton âme… C’est vraiment un miracle d’amour… C’est la communion parfaite qu’un homme vient d’accomplir, sans le savoir… Oui, petite, je suis toi, maintenant… je suis Marthe, Marthe, jusqu’au bout des doigts…

(Il agite ses longues mains maigres dans le vide.)

MARTHE.

Eh bien ! Daniel, je suis heureuse de votre