Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/166

Cette page a été validée par deux contributeurs.


machines qui puisent une nouvelle vigueur à l’électricité du soir… cette petite main, alors qu’en dessous d’elle, s’allume, s’étend toute la rue, et les magasins, les entrepôts, les quais… et le cri lointain de la gare et des sirènes… la criée de tout ce crépuscule où le brouillard pue le pauvre et le cambouis… Ah ! ne te lève pas, Marthe… j’ai besoin de ta main pour le frissonnement du soir !


MAXIME (hausse les épaules.)

Si tu souffrais vraiment, tu t’exprimerais avec moins d’emphase…


DANIEL.

Tu ne peux pas comprendre.


MAXIME.

Quel mépris !… tu vois, tu te démens toi-même. Tu te plains et te vantes à la fois de ta maladie ! Comprendre ?… En effet, tu as l’air de porter avec toi je ne sais quelle supériorité manifeste… Est-ce ton intelligence ?… Parce que tu es là avec tes livres, tes nouveautés de Paris, tes philosophies à 3 fr. 50. Tu es un malade affiné, et le désœuvrement t’a pourri d’intellectualité. C’est malsain. Regarde notre œuvre, notre force à nous, tout ce qu’il a fallu d’intelligence pour la créer… De quel droit ce mépris ?… Explique toi à la fin…