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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 1, 1922.djvu/151

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MARTHE.

Est-ce que je sais ?… (Tu vois encore : est-ce que je sais ! c’est ma manie…) Et puis, que tu m’aimes ou non, je ne tiens pas à le savoir… Peut-être si j’étais comme celles qui y voient, je serais plus exigeante, mais l’habitude de ne connaître que la moitié des choses m’a enseigné à profiter simplement de tout ce qu’on me donne. C’est déjà beau !… Quand tu m’as prise, en cachette, je l’ai accepté sans mot dire, comme un bonheur… quand j’ai senti subitement, là, ton baiser, je l’ai reçu comme un ordre… comme si tu m’avais donné à tenir une tasse, un objet quelconque… Je savais à peine qui tu étais. Et quand tu es venu dans ma chambre, la nuit, je me suis donnée à toi, et rien que pour le plaisir et par bonheur… Et je n’ai jamais cherché à savoir si tu m’aimais ! C’est pour moi que je t’aime ; tu es le maître… Comme je le disais à ta grand’mère, tout à l’heure, pour ce qui la concerne, quand on ne voudra plus de moi, je m’en irai… Je l’ai dit à ta mère, je le dis à toi, je le dirai à Daniel.


MAXIME.

Tu parles comme parlerait une servante.


MARTHE.

Eh bien ?… je me sens une âme de servante… justement… Il faut que je sois cette servante… Et