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Page:Bastiat - Proudhon - Interet et principal, Garnier, 1850.djvu/28

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quelque chose à stipuler en sus de la restitution. Nous pouvons ne pas nous accorder sur la nature et le nom de ce quelque chose ; mais quelque chose est dû par l’emprunteur. Et puisque vous admettez, d’une part, la mutualité des services, puisque, d’autre part, vous avouez que le prêteur a rendu ce service, permettez-moi d’appeler provisoirement cette chose due par l’emprunteur un service.

Eh bien, monsieur, il me semble que la question a fait sn pas, et même un grand pas, car voici où nous en sommes :

Selon votre théorie, tout aussi bien que selon la mienne ; entre le prêteur et l’emprunteur, cette convention est parfaitement légitime, qui stipule :

1° La restitution intégrale, à l’échéance, de l’objet prêté ;

2° Un service à rendre par l’emprunteur au prêteur en compensation du service qu’il en a reçu.

Maintenant, quelle sera la nature et le nom de ce secours dû par l’emprunteur ? Je n’attache pas à ces questions l’importance scientifique que vous y mettez. Elles peuvent être abandonnées aux contractants eux-mêmes, dans chaque cas particulier. C’est véritablement leur affaire de débattre la nature et l’équivalence des services à échanger, aussi bien que leur appellation spéciale. La science a fini quand elle en a montré la cause, l’origine et la légitimité. L’emprunteur s’acquittera en blé, en vin, en souliers, en main-d’œuvre, selon son état. Dans la plupart des circonstances, et seulement pour plus de commodité, il payera en argent ; et comme on ne se procure l’argent qu’avec du travail, on pourra dire qu’il paye avec du travail. Ce payement, juste et légitime d’après vous-même, pourquoi me défendriez-vous de le baptiser loyer, fermage, escompte, rente, prêt, intérêt, selon l’occurrence ?

Mais venons-en à l’équivoque qui nous sépare, à la prétendue confusion que je fais, dites-vous, entre l’usage et la propriété, entre le prêt de la chose et une cession absolue.

Vous dites : Celui qui emprunte une propriété, une valeur, étant tenu de la rendre intégralement à l’échéance, n’a reçu, en fonds, qu’un usage. Ce qu’il doit, ce n’est pas une propriété, une valeur, mais l’usage d’une propriété,