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Mais peut-on admettre vos données ? Sont-elles conformes à la nature des hommes et des choses ? C’est ce qu il s’agit d’examiner.

Les billets de la Banque offriront-ils quelques garanties ? En d’autres termes, inspireront-ils ou non de la confiance ? En d’autres termes encore, la Banque aura-t-elle ou n’aura-t-elle pas un capital primitif et des valeurs faites suffisantes pour répondre de toutes ses émissions ?

Comment réunira-t-elle le capital en valeurs faites ? Si elle a des actionnaires, dans l’ordre de choses actuel, qui est notre poii.t de départ, ils voudront toucher un intérêt, et comment la Banque prêtera-t-elle, à titre gratuit, ce qu’elle emprunte à titre onéreux ?

On s’emparera du capital de la Banque de France, dites-vous, et on remboursera les actionnaires en rentes sur l’État. Ceci recule la difficulté sans la résoudre. C’est la masse, la nation qui empruntera le capital à 5 p. 100 pour le prêter gratis. L’intérêt ne sera pas anéanti, mais mis sur le dos du contribuable.

Mais enfin, admettons que ce capital de 10,000 fr., sur lequel vous opérez fictivement, soit réuni, et mettons de côté ce cercle vicieux qui consiste à supposer la gratuité pour la réaliser. Puisque vous l’avez cru nécessaire, vous jugez sans doute indispensable qu’il se conserve.

Pour cela vous raisonnez sur cette hypothèse que B, G, D, E, etc., remboursera ut chaque année à la Banque les billets qu’ils auront pris. Mais si cette hypothèse fait défaut ? Si B est un débauché qui va dépenser ses 1,000 fr. au cabaret ? Si C les donne à sa maîtresse ? Si D les jette dans une entreprise ridicule ? Si E fait une fugue en Belgique ? etc., etc., que deviendra la Banque ? A qui A s’adressera-t-il pour avoir la contre-valeur des capitaux dont il se sera défait ?

Car enfin votre Banque n’aura pas la vertu de changer notre nature, de réformer nos mauvaises inclinations. Bien au contraire, il faut reconnaître que l’extrême facilité de se procurer du papier-monnaie sur la simple promesse de travailler à le rembourser ultérieurement, serait un puissant encouragement au jeu, aux entreprises folles,