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nature. N’y a-t-il donc plus rien à découvrir, plus rien à oser, plus rien à faire pour le développement de notre nationalité, pour l’augmentation de notre richesse et de notre gloire ?…

Je m’arrête : il est temps. Malgré moi, monsieur, vous m’avez poussé à cette déduction abstraite, fatigante pour le public, et peu faite pour les colonnes d’un journal populaire. Fallait-il donc m’entraînera cette dissertation épineuse, quand il était si facile, si simple, de nous renfermer dans cette question péremptoire autant que positive : Le crédit peut-il ou ne peut-il pas être gratuit ? Au risque de rebuter les lecteurs de la Voix Au Peuple, j’ai voulu satisfaire à votre désir : vous me direz, si vous le jugez convenable, ce que vous trouvez à reprendre d’abord à l’analyse que j’ai faite de la notion de capital ; puis à la définition que j’en ai fait sortir ; enfin aux théorèmes et aux corollaires qui en ont fait le développement.

Dans ce que vous venez de lire, il y a, vous ne le nierez pas, toute une révolution, non-seulement politique et économique, mais encore, ce qui doit vous être, ainsi qu’à moi-même, beaucoup plus sensible, scientifique. A vous de voir si vous acceptez, pour votre compte et pour celui de vos coreligionnaires la conclusion qui ressort avec éclat de toute cette discussion, savoir que ni vous, monsieur Bastiat, ni personne de votre école, n’entendez rien à l’économie politique.

Je suis, etc.

P. J. Proudhon.


SIXIÈME LETTRE.


3 février 1850.
Monsieur,

Vous venez de rendre à la société un signalé service. Jusqu’ici la gratuité du crédit était demeurée enveloppée de nuages philosophiques, métaphysiques, économiques, antinomiques, historiques. En la soumettant à la simple