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dans la misère, trente-quatre millions d’hommes. — Encore une fois, est-ce du vol, cela ? Est-ce de la rapine, du brigandage, de l’assassinat avec préméditation et guet-apens ?

Ai-je tout dit ? — Non ; j’en aurais pour dix volumes ; mais il faut en finir. Je terminerai par un trait qui me parait, à moi, le chef-d’œuvre du genre, et sur lequel j’appelle toute votre attention. Avocat du capital, vous ne connaissez pas les roueries du capital.

La somme de numéraire, je ne dirai pas existant, mais circulant en France, y compris l’encaisse de la Banque, ne dépasse pas, suivant l’évaluation la plus commune, 1 milliard.

A 4 p. 100 d’intérêt, — je raisonne toujours dans l’hypothèse du crédit payé, c’est donc une somme de 40 millions que le peuple travailleur doit chaque année pour le service de ce capital.

Sauriez-vous, monsieur, me dire pourquoi, au lieu de 40 millions, nous payons 1,600 millions, — je dis seize cents millions, — le louage dudit capital ?

1,600 millions, 160 p. 100 ! dites-vous : Impossible !… — Quand je vous dis, monsieur, que vous n’entendez rien à l’économie politique. Voici le fait, qui pour vous, j’en suis sûr, est encore une énigme.

La somme des créances hypothécaires, d’après les auteurs les mieux informés, est de 12 milliards, quelques-uns la portent à 14 milliards,
ci : 12 milliards.

Celle des créances chirographaires,
au moins 6 milliards.

La commandite, environ, 2 milliards.

A quoi il convient d’ajouter
la dette publique, 8 milliards.

Total 28 milliards,

que l’agriculture, l’industrie, le commerce, en un mot, le Travail, qui produit tout, et l’État, qui ne produit rien, et pour qui le travail paie, doivent au Capital.

Toutes ces dettes, notez ce point, proviennent d’argent prêté, ou censé l’avoir été, qui à 4 pour 100, qui à 5, qui à 6, qui à 8, qui à 12 et jusqu'à 15.

Je prends pour moyenne de l’intérêt, en ce qui concerne