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plus détestable : car c’est ce vol qui, lui seul, depuis Février, arrête le travail, empêche les affaires, fait périr le Peuple du choléra, de la faim et du froid, et qui, dans le but secret d une restauration monarchique, souffle le désespoir parmi les classes travailleuses.

C’est ici surtout que je me propose de vous faire voir comment l’intérêt, de légitime, devient illégitime, et, ce qui vous surprendra bien davantage encore, comment le crédit payé, dès l’instant qu’il ne se fait pas voleur, qu’il ne réclame que le prw qui lui est légitimement dû, devient crédit gratuit.

Quel est le capital de la Banque de France ?

D’après le dernier inventaire, 90 millions.

Quel est le taux légal, convenu entre la Banque et l’État, pour les escomptes ? — 4 pour 100 l’an.

Donc le produit annuel, légal et légitime de la Banque de France, le juste prix de ses services, c’est, pour un capital de 90 millions, à 4 p. 100 l’an, 3 millions 600,000 fr. de revenu.

3,600,000 fr., voilà, suivant la fiction de la productivité du capital, ce que le commerce français doit chaque année ; à la Banque de France en rémunération de son capital, qui est 90 millions.

Dans ces conditions, les actions de la Banque de France sont comme des immeubles qui rendraient régulièrement 40 fr. de revenu : émises à 1,000 fr., elles valent 1,000 fr.

Or, savez-vous ce qui arrive ?

Consultez le même inventaire : vous y verrez que lesdites actions, au lieu d’être côtées 1,000 fr., le sont 2,400. — Elles étaient, la semaine dernière, à 2,445 ; et, pour peu que le portefeuille se remplit, elles monteraient à 2,500 et 3,000 fr. — Ce qui veut dire que le capital de la Banque, au lieu de lui rapporter 4 p. 100, taux légal et convenu, produit 8, 10 et 12 p. 100.

Le capital de la Banque s’est donc doublé, triplé ? — C’est, en effet, ce qui devrait avoir lieu d’après la théorie énoncée dans vos troisième et quatrième propositions, savoir, que l’intérêt baisse à mesure que le capital s’accroît, mais de telle sorte que le revenu total du capitaliste augmente.