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Page:Barrot - Mémoires posthumes, tome 1.djvu/40

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arriva un jour qu’une de ces bandes composée de huit à dix hommes armés s’abattit sur Planchamp. Mon grand-père s’était obstiné à y rester malgré les vives instances que lui adressait mon père pour le presser de se retirer dans la petite ville voisine où il aurait été plus en sûreté sous la protection des soldats qui y tenaient garnison ; heureusement l’arrivée des bandits fut annoncée à mon grand-père qui eut le temps de s’enfermer dans sa maison, avec ses domestiques, et de les armer, de manière que les assaillants furent reçus par une fusillade qui en mit hors de combat deux ou trois : les autres se retirèrent, mais en annonçant qu’ils reviendraient. Aussitôt que mon père eut connaissance de ce fait, il redoubla ses instances auprès de mon grand-père pour qu’il quittât au moins momentanément Planchamp ; mais ce fut en vain : ce vieillard courageux, âgé de plus de quatre-vingts ans, répondait aux lettres pressantes de mon père que les brigands avaient été trop bien reçus une première fois, pour oser y revenir ; que, d’ailleurs, il n’avait plus que bien peu de temps à vivre et qu’il aimait mieux mourir sur son rocher que de le quitter.

Les craintes de mon père ne se vérifièrent que trop : une nouvelle bande, cette fois plus nombreuse et mieux renseignée, survint un jour, au moment où les domestiques étaient à leur travail ; mon grand-père était chez lui avec une de ses filles et un prêtre assermenté réfugié dans sa maison. Au cri de : Voilà les brigands ! son hôte et lui eurent à peine le temps de soulever une trappe qui était dans la cuisine et de se glisser dans un caveau ; malheureusement leur cachette, sur les indications de quelque homme du pays, fut découverte ; ils en furent arrachés pour être fusillés, le prêtre devant la porte de l’église, et mon grand-père sur la petite place qui précède notre cour.

La plupart des misérables qui trempèrent dans cet