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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/97

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— Voilà ma paroisse, dit–il, monsieur l’Abbé, en nommant un village. Si jamais vous la traversez, je serai trop heureux de vous montrer notre église, et je m’appelle le chanoine Lambert… Puis-je savoir, ajouta-t-il, avec qui j’ai eu l’honneur…

— L’abbé Léopold Baillard, curé de Saxon, répliqua le Lorrain.

Il eût considéré comme une espèce de lâcheté de ne pas répondre franchement à la curiosité de son interlocuteur.

L’exclamation aussitôt réprimée du chanoine lui prouva qu’il était connu et que ses démêlés avec son évêque étaient arrivés jusque-là. Il se redressa plus fièrement, tandis que l’autre, sans rien ajouter, s’inclinait avec une politesse froide.

Léopold le vit s’éloigner de la diligence d’un pas hâtif, et remarqua qu’au détour de la route il se retourna pour le regarder avec une espèce d’inquiétude, où il y avait comme de l’épouvante.

Qu’est-ce que cela prouve ? se disait-il. Tous les saints ont été calomniés. Pourquoi Vintras, s’il est un saint, comme l’a dit Magloire, ne le serait-il pas ? Son entourage est ignoble : pourquoi pas ? Tout prophète doit avoir ses pharisiens, ses grands prêtres et ses Pilate à