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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/94

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Léopold Baillard aurait pu se renseigner à Paris, mais il ne fait qu’y passer. Il redoute d’y rencontrer quelques-unes des personnes qui l’accueillaient si bien autrefois, quand il quêtait aux Oiseaux, par exemple, chez les filles du Bienheureux Père Fourrier. Il ne veut pas entendre les conseils de soumission qu’on lui donnerait certainement. La diligence roule toujours. Les rubans de queue succèdent aux rubans de queue, comme les postillons d’alors disaient en parlant des routes. C’est seulement à Caen que, descendu dans la rotonde par un temps de pluie, il se trouve en tête à tête avec un chanoine dont la physionomie, bonasse et fine à la fois, lui rappelle celle du père Magloire. Après avoir dit chacun leur bréviaire, les deux prêtres ont commencé par parler du temps, de la prochaine récolte, de l’esprit des populations.

— Il paraît que vous avez un saint dans votre pays ? se hasarde à demander Baillard.

— J’espère que nous en avons plusieurs, répond le chanoine ; mais les saints sont comme les diamants : ils se cachent.

— Oh ! celui-là est célèbre.

— Et qui donc ?

— Mais Vintras, le Voyant de Tilly.