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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/81

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mentale pour sommer cette chose de partir, si elle était du Diable, sinon de lui dire la parole de Dieu. Il ne reçut aucune réponse. Et comme elle avait déjà fait, la présence s’évanouit au bout d’un court temps. Mais cette fois, Léopold s’élança vivement à la porte et cria dans le couloir :

— Fais tout ce que tu voudras, émissaire de Dieu ; tais-toi, dérobe-toi, mauvais serviteur ; je saurai bien m’arranger pour que tu me rejoignes et sois obligé d’accomplir ton message.

Au moment où le petit jour parut, Léopold, affreusement déçu de n’avoir pas reçu le mot d’ordre qu’il implorait, quitta sa chambre et se mit à errer sous le Grand Cloître.

Les vingt-sept petites maisons abritées par de grands toits rouges, de l’effet le plus touchant, enfermaient la prairie d’arbres à fruits. La ligne simple des arceaux, le calme du verger, la lumière matinale composaient une douceur, un repos dont jouissaient, sans les troubler, quelques petits oiseaux sur les mirabelliers. Au milieu du clos, le puits symbolique signifiait l’abondance des grâces et de la charité. Mais tout ce bel ordre et cette paix ne pouvaient rien, à cette minute, sur le malheureux prêtre.