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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/78

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les mouvements de la pensée de son frère, comme il eût surveillé les coups de bêche d’un chercheur de trésors :

— Ah ! oui, dit-il, les quêtes ! Si nous avions toujours la ressource des quêtes ! Mais Monseigneur nous les a défendues.

— Monseigneur ! Monseigneur ! reprit Léopold avec une violence soudaine, il ne peut pourtant pas nous barrer la voie que Dieu nous a tracée. Le ver de terre lui-même se remue quand on l’écrase. Nous avons fait plus que Monseigneur pour la Vierge, et s’il a pu tromper le ciel un instant, c’est Elle qui se chargera d’y défendre ses chevaliers. Mon frère, lisez dans les vies des saints toutes les épreuves qu’ils eurent à subir. Vous verrez qu’ils en rapportent toujours de magnifiques moissons. Pour moi, j’ai fait le ferme propos que jamais mon cœur ne sera coupable d’un péché contre l’espérance.

Mais le bon François, maintenant, bâillait sans respect pour les sublimités de Léopold :

— Ah ! déclara-t-il ingénument, que j’avalerais volontiers une bonne tasse de café au lait !

Léopold les laissa partir. Il se mit au lit, souffla sa bougie et se réfugia vers Dieu. Du fond de sa détresse, il le supplia de lui envoyer