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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/70

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Aussitôt, dans leurs petits logis, les Pères allument leurs lanternes, et chacun d’eux commence à réciter l’office de la Vierge. Ah ! qu’Elle daigne protéger le curé de Sion et ses frères ! Tandis que le pauvre Léopold s’enfièvre et envenime sa plaie, chaque cellule ressent sa détresse et prie en sa faveur le ciel…

La cloche tinte une seconde fois. À travers les cloîtres obscurs, le capuchon rabattu sur la tête, leur lanterne à la main, les moines gagnent la chapelle, que n’éclaire aucune lumière, sauf la veilleuse du Saint-Sacrement. Les uns après les autres, tous arrivent au chœur, révérends pères, profès en habits blancs, novices aux chapes noires. Ils se prosternent et s’étant relevés sonnent quelques coups de la cloche dont la corde pend auprès de l’autel, cloche au son merveilleux, la célèbre cloche d’argent des Chartreux.

Maintenant, rangés dans leurs stalles, les Pères ouvrent les gros antiphonaires et dirigent sur les pages notées la mince lumière de leurs lanternes. Les voix graves s’élèvent dans la nuit glaciale, sans qu’aucun orgue les soutienne. Le plain-chant loue, gémit, supplie. À l’heure où les ténèbres couvrent le monde, ces religieux veillent et prient pour réparer les crimes et tous les désordres nocturnes. Ils