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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/48

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trice de la Lorraine. Un jour de l’année 1837, l’abandon où gémissait ce lieu sacré le frappa au cœur ; il contempla ce repos, cette patience, cette longue songerie de la colline et jura d’en faire sortir une pensée armée, agissante, et conquérante ; de grandes ombres lui parlèrent et lui définirent avec une force divine quelle œuvre souveraine lui était ici réservée.

Il se mit aussitôt en campagne, trouva de l’argent ou plutôt du crédit, et, dans l’année même, acheta les divers lots de terre et de bâtiments qui jadis avaient composé le domaine du pèlerinage. Saint domaine ! Territoire de la Vierge ! Quand ce haut royaume fut entre ses mains, il sentit avec violence qu’il avait été à l’étroit, comme un aigle dans une cage, dans ses premières fondations, et qu’il trouvait enfin l’air et l’espace que sa nature exigeait. Hinc libertas, s’écria-t-il, reprenant sur le sommet de Sion la devise des Guise. « C’est d’ici que part, que partira la liberté. » Et désormais pour lui, il ne s’agira plus de relever simplement des abris de la contemplation, il veut construire des ateliers spirituels où reformer une milice catholique, où façonner pour tous les ordres de l’activité pratique des travailleurs religieux. Il va peupler le monde avec des