Ouvrir le menu principal

Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/428

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


menés soudain bien plus avant que la raison. Quelle est cette fleur qui veut s’épanouir ? Je vais presque aussi loin que mes pressentiments. Le monde intérieur s’élance, reconnaît la nature et l’on voit paraître la surabondance cachée. Belle colline, tu fais sortir la pensée voilée, toute prête avec son pur désir pour le mariage du divin. Une fois encore le site a produit son effet.

C’est ici, par un jour semblable, que Léopold errait avec Thérèse désespérée, et qu’incapable de se soumettre aux événements comme à des leçons de Dieu même, il rejetait les entraves du bon sens aussi bien que celles de son ordre et de la hiérarchie ; c’est par un jour semblable, quand les ruisseaux avaient rompu leurs prisons de glace au souffle du printemps et quand les cloches de Pâques sonnaient, que le docteur Faust s’insurgea contre les limites de l’intelligence et ne vit plus qu’une duperie dans son long esprit de sacrifice à la science ; c’est ici, sous l’excitation de l’Esprit des sommets, que l’orgueilleux Manfred, qui se flatte de n’avoir jamais courbé la tête, entre en lutte avec la nature elle-même et prétend violenter, lui mortel, les lois souveraines de la vie ; c’est sur une prairie toute pareille, que Prospero,