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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/410

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pût tourner vers son visiteur disait très clairement : « Ne voyez-vous pas dans quel état je suis ? Est-ce le moment de venir discuter ? »

Mais l’Oblat :

— Rassurez-vous, Monsieur Baillard, je ne viens pas discuter avec vous ; je viens vous apprendre que le pauvre Père Aubry est mort.

Cette nouvelle ne parut pas autrement intéresser le malade. Il tenait les yeux fermés, et sa main valide s’agitait impatiemment sur la couverture.

Cependant le Père Cléach continuait, et encore tout vibrant des émotions qu’il ressentait depuis trois jours, il commença de rapporter le suprême entretien qu’il avait eu avec le vieil oblat.

Quelle surprise pour Léopold d’entendre ces paroles et cet accent, et de sentir fixé sur lui avec une infinie amitié et même avec admiration le regard de son jeune visiteur. Il n’était donc plus seul ; on s’occupait de lui autrement que pour lui jeter la pierre ; au couvent, la vérité se faisait jour, enfin ! L’idée qu’il avait été aimé fondit les glaces contre lesquelles tous les anathèmes avaient échoué. Il écoutait avec ravissement l’Oblat lui répéter les paroles du Père Aubry : « Personne plus que Léopold Baillard n’a