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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/408

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Dieu. Le jeune Oblat l’attendait. Jamais il n’avait senti en lui cette source vivifiante qui maintenant l’emplissait de force et d’attendrissement. C’est sous cette influence et par une inspiration divine que soudain il dit au père Aubry :

— Mon cher et vénéré Père, vous le sentez bien, tous les moyens humains échoueront. L’obstiné a besoin d’une intervention exceptionnelle.

Il s’arrêta un instant, cherchant sur la figure du moribond s’il pouvait continuer, et puis il dit :

— Quand vous serez devant le bon Dieu…

Le Père Aubry comprit et ne s’effraya pas de cette vision de mort qu’on lui proposait si crûment. Il ouvrit sur son jeune interlocuteur ses grands yeux doux et profonds.

— Oui, tout à l’heure, pensa-t-il, quand je paraîtrai devant Dieu, je le supplierai pour Léopold

Puis élevant au ciel son regard, il pria tout haut avec simplicité :

— Seigneur, dit-il, prenez ma vie, appelez-moi tout de suite devant vous, afin que j’obtienne de votre miséricorde une bonne mort pour Léopold Baillard.

Le vœu du Père Aubry fut exaucé, il mourut dans la nuit.