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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/393

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se forment dans un petit garçon, au milieu des ténèbres et de la solitude. Le vieillard fou emportait l’enfant aux pays mortels du songe et du délire : il lui révélait soudain l’attrait de ces régions délaissées qui subsistent toujours au fond de nos cœurs et de ces rêves brouillés auxquels personne aujourd’hui, dans notre monde intellectuel, ne donne plus de sens ni de voix : il lui parlait la langue secrète, la langue natale de ceux qui sont prédestinés pour entretenir dans leur âme le feu des curiosités maudites. En dix minutes, cette cuisine de campagne venait d’être transformée en une chapelle de visionnaire. L’enfant avait la certitude de voir un sorcier — en savait-il le nom ? — un roi Mage, bref, l’être mystérieux qu’un cœur de paysan ne sera jamais étonné de voir surgir à la corne d’un bois ou dans un chemin creux. Il vivait là une de ces minutes qui ne laissent pas pareil à lui-même l’être qui les a vécues. Il en sort ébranlé pour toujours, détaché de la vie réelle, façonné pour les plus dangereuses rêveries. Ô sagesse de l’Église, qui rejette les Léopold et veut les écraser !

Tout à coup, et comme s’il allait arriver quelque chose d’extraordinaire, la flamme cessa de danser dans la cheminée,