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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/380

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Quirin, Euphrasie disparaissent ; les larmes ne montent pas aux yeux du vieillard insensible ; elles pourraient l’empêcher de voir clair dans le ciel et de saisir le moment où apparaîtra la comète. Mais Vintras qui meurt ! Tout son être s’émeut. Quel vide immense dans l’univers ! C’est l’orchestre du monde soudain qui se tait.

L’annonciateur de la nouvelle loi n’est plus. Que la création entière prenne le deuil ! Il était entré dans la vie des Baillard comme un coup de vent dans la pauvre cabane, comme le messager de Dieu. Et ce grand favori du ciel, aux heures où l’Esprit le laissait en repos, se montrait le plus simple des artisans et le plus tendre des amis. Sa maison respirait les vertus de l’atelier de Nazareth… Vintras est mort. Léopold pleure ; il a perdu son bon maître, son consolateur, celui qu’il tenait par la main pour le dur voyage de la vie.

Avec quelle ardeur, faite de tendresse humaine et de sentiment de l’infini, au milieu de la toute petite église assemblée, le Pontife d’Adoration célèbre une messe solennelle pour celui qui mena son peuple à deux pas de la Terre de Chanaan sans pouvoir y pénétrer lui-même. D’une voix toujours forte, il entonne le cantique de la Miséricorde et, aussi-