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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/370

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lent, une espèce de victoire, une première revanche. Un seul mot frémissait dans les airs : Espérance ! Espérance !

Et ce cri patriotique, sur toute la France, fut soutenu d’un immense mouvement mystique. Des voix inspirées s’élevèrent de toutes parts ; on ne rêvait que miracles et prophéties ; plusieurs Voyants annoncèrent le règne de l’Antéchrist et la fin du monde ; d’autres, au contraire, le triomphe définitif du grand Roi et du grand Pape. Un vaste mouvement de supplications commença. Des multitudes enflammées par les appels de leurs prêtres s’en allèrent chanter, prier, s’agenouiller à Lourdes, à La Salette, à Pontmain, à Paray-le-Monial, au mont Saint-Michel, à Sainte-Anne-d’Auray, à Saint-Martin-de-Tours, à Chartres. Le premier mouvement de la Lorraine rendue à sa libre respiration fut d’organiser à Sion un grand pèlerinage national, une fête religieuse et patriotique, en l’honneur du couronnement de Notre-Dame, patronne de la province.

— Nous y voilà ! dit Léopold.

Ce jour-là, 10 septembre 1873, dès le matin, le vieux pontife fut sur la colline. La pluie tombait à verse ; un vent froid faisait rage ; mais, bravant le mauvais temps, un