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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/352

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Et le plus jeune des religieux intervenant à son tour :

— Regardez donc, regardez donc ! Ma parole, le bonhomme fait des révérences à la lune.

Et tous de rire, sauf le père Aubry. Offensé par la vulgarité du ton et par des railleries qui risquaient d’atteindre, par delà Léopold, la conception même du surnaturel, il repartit vivement :

— Ne parlez pas ainsi ! Ce n’est pas nous qui pouvons ignorer à quoi s’occupe Léopold Baillard. Le malheureux s’occupe des choses dont le Bon Dieu s’est réservé le secret.

Dans cette nuit si calme, comme un son léger glisse à l’infini sur une eau sonore, ou plutôt comme une onde électrique s’en va émouvoir à travers l’espace un enregistreur, la pensée de Léopold était-elle donc allée mystérieusement frapper l’âme du père Aubry ? Ce religieux était-il de ces organisations exceptionnelles qui possèdent des facultés divinatoires et qui peuvent vibrer de ce qui échappe aux sens grossiers des autres hommes ? Non, c’était une nature de paysan, d’écorce assez rude, mais il avait une conscience de prêtre, et, à l’égard de Léopold, depuis des années, un remords affinait, aigui-