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Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/339

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de cela pour Léopold ! Il fait sur son plateau, le dimanche, une véritable veillée d’armes. Demain vont éclater les grands événements annoncés par Vintras ; demain, c’est l’Année Noire. Déjà les temps s’assombrissent. Des crevasses s’ouvrent dans le soleil. L’Organe les a vues. Et dans ses grandes solitudes dominicales, Léopold ne s’égare pas en libre poésie : méthodiquement il dénombre dans les nues ses légions de secours, chaque semaine augmentées, qui s’assemblent…

Au milieu du plateau, à l’orée du bois de Plaimont, et non loin de la croix érigée par Marguerite de Gonzague, on trouve une lande où les bergers disposent sur l’herbe rare, pour leurs jeux, des pierres dont les amoncellements rappellent les cromlechs de Bretagne. Sur un bois de pins familiers aux oiseaux de nuit, des pins d’un noir presque bleu, le vent gémit, et à l’écart, dans un isolement qu’on dirait volontaire, un vieux poirier se dresse, figé peut-être de trois cents ans, et que j’ai lieu de prendre pour un « arbre penderet ». Ils commencent à se faire très rares, ces arbres, choisis pour servir de gibet parmi les poiriers sauvages les plus robustes et les plus hauts placés de la seigneurie, et qui formaient autrefois un des