Ouvrir le menu principal

Page:Barrès - La Colline inspirée, 1913.djvu/321

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qu’il voulait savoir comment il rentrerait dans ses frais.

À ces mots François éclata, quoique toujours en se gardant de trop élever la voix

— N’avez-vous pas honte, mon frère, de réclamer de l’argent ? Oubliez-vous tout ce que l’Organe a fait pour notre aîné et ce que, nous-mêmes, nous lui devons au spirituel ? Allez-vous lui marchander un peu de vin dans le moment où il nous garantit le relèvement de Sion ? Tenez, ce n’est pas une pièce de vin commun que nous devrions lui envoyer à titre gracieux, mais une pièce de vin fin.

Léopold n’eut pas un mot qui le mêlât à cette dispute. Il semblait plus concentré et plus inabordable que jamais. Sa pensée fuyait de telles bassesses. Son visage ne se tourna même pas vers les querelleurs. Il ne voyait pas les êtres humbles et doux qui s’abritaient dans son ombre : il ne les voyait pas davantage s’ils s’avilissaient. Et il se mit à marcher dans la chambre en proférant, comme pour lui-même, des choses terribles, des injures sur Saxon :

— Saxon la brutale, Saxon la huronne, ville de pillards et d’Amalécites ! Tes cavernes sont remplies des dépouilles ravies à tes bien-